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Urban survivors / Dans les bidonvilles de Manille : deux propositions sur la façon de mettre en scène le travail des ONG

Le blog documentaire

« Suggérer, c’est créer, Décrire, c’est détruire », Robert DOISNEAU

L’actu du webdocu #6 : Le bruit des mots/Manila Moneyla

Urban survivors / Dans les bidonvilles de Manille : deux propositions sur la façon de mettre en scène le travail des ONG

WW et WWW

Assiste-t-on à un début d’histoire d’amour entre les ONG et le webdocumentaire ? En tout cas, deux programmes émanant de deux organisations humanitaires ont vu le jour récemment, faisant suite à celui co-produit il y a quelques mois par CAPA et Médecins du Monde, La vie à sac. Quelques traits saillants du travail humanitaire s’accommodent bien au web : les portraits de populations en souffrance se racontent beaucoup mieux avec la photo ou le son qu’avec la vidéo exigée pour un documentaire télé, la somme d’informations disponibles sur les données géopolitiques, sanitaires ou économiques trouvent davantage leur place dans des animations graphiques que par le biais d’une voix-off égrenant une litanie de chiffres. En outre, et c’est étrange de le dire ainsi, mais la singularité des destinations couvertes par les organisations non-gouvernementales (Pakistan, Haïti, Kenya, Bangladesh) répond à un besoin de diversité documentaire que n’assument pas les autres médias.
Tout concourt donc à l’essor du « webdocumentaire humanitaire » : Médecins sans frontières et Enfants du Mékong proposent ce mois-ci deux œuvres au profil très différent.

Urban survivors, co-produit par l’agence photo Noor et Darjeeling Productions, publié sur le site de RFI, présente un état des lieux de la population dans cinq grandes villes du monde, dans lesquelles MSF intervient. L’introduction entraine le webspectateur sur un plateforme où il peut, à sa guise, consulter, comme on aborderait une partie d’une exposition, le travail effectué dans chacune des grandes mégalopoles. Sur la page spécifique dédiée à une ville, une vidéo présente les conditions de vie, toujours déplorables et à la limite du supportable, des habitants, avant que MSF ne mette en avant la mission humanitaire qu’elle y remplit. Des interviews sonores et des photos de grande qualité (chaque ville est sillonnée par un photographe de renom, comme Stanley Greene à Dhaka) complètent le tableau-portrait de la ville.

Manila-Moneyla présente une narration très différente et plus personnelle. Réalisé par Jean-Matthieu Gautier, publié sur le site du journal en ligne La Vie, le programme se déroule le long des artères de Manille, selon une organisation topographique : une carte permet de cliquer sur des récits vidéos, conduits à la première personne par le réalisateur, et qui décrit différents aspects de la vie quotidienne des philippins. Intelligemment, le site permet aussi de partir à l’aveugle à la découverte de la ville, en suivant un module vidéo qui nous propose, par le biais d’un choix (aller visiter la maison des bambous ou aller au cimetière bidonville) de s’orienter vers une autre portion de récit et une autre partie de la ville. Des focus, texte le plus souvent, mais aussi vidéo, complètent les informations distillées dans chaque module, lesquels abordent un thème ou une histoire particulière.

MSF joue la carte de l’information ; de celle qui vous parvient sans ménagement quand on se rend dans une exposition photo. Le webdocumentaire tient d’ailleurs davantage de l’expo que du documentaire, non seulement du point de vue des médias utilisés que de la méthodologie employée. Sobrement, MSF présente ses actions sanitaires et dresse l’état des lieux du monde, forcément triste et difficile à voir : la beauté des photos ne cache pas l’austérité de la présentation. Le webspectateur se trouve davantage plongé dans un rapport d’activité artistiquement illustré que dans une œuvre, dans laquelle se tisse une histoire.

Tout le contraire du webdocumentaire d’Enfants du Mékong qui choisit délibérément la trame d’une déambulation personnelle dans les rues, où la voix de l’auteur incarne un point de vue, donne le la d’une histoire. Là où MSF pointe, avec rigueur, le travail effectué et encore à faire, Enfants du Mékong brosse un portrait de ville, pas uniquement sous le prisme des problèmes qu’elle affronte (les égouts, les cimetières bidonvilles…), mais aussi dans une vision plus sociologique, qui laisse place à l’imagination du webspectateur sur ce que veut dire vivre à Manille. D’un point de vue strictement narratif, l’œuvre de Jean-Matthieu Gautier réussit bien plus à immerger son public dans le quotidien, par petites bribes, alors qu’Urban Survivors fait figure de de portrait sans concession de l’ensemble des maux qui accablent les cinq mégapoles étudiées. Ce jugement ne présage en rien du travail effectué par l’ONG en elle-même : elle laisse simplement plus d’espace, plus d’interstices dans le récit à Manille qu’à Haïti ou à Dhaka. Il est intéressant du reste de regarder Dans les bidonvilles de Manille pour s’apercevoir des possibilités du logiciel de mise en espace web Klynt. La forme, si elle ne propose pas véritablement d’interactivité et n’enthousiasme pas d’un point de vue créatif, se révèle adaptée au récit d’une histoire, développée par un voyageur/réalisateur en périple, et muni d’une carte interactive qui permet d’appréhender le voyage. Gageons que ce format fera des émules et servira, non pas l’audace créatrice, mais les histoires fortes, doublées d’une belle plume de réalisateur.

Nicolas Bole

 



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